Peck/Forsythe/Pite/Seghal

 

Une(deux) formidable(s), délectable(s), jouissive(s), merveilleuse(s) soirée(s).

Lorsque l’on entre dans Garnier, des ouvreuses et ouvreurs chantant vous accueillent en sautillant et en scandant : « This is so contemporary! ». C’était rigolo.

 

Elle a bien sûr commencé avec Ze Défilé, je vous en ai assez servi à ce sujet.

« – Déjà un entracte ?  » a maugréé la petite vieille à côté de moi à sa copine »

« – Oh ! Ils exagèrent ! Après seulement 1/4 d’heure ! A quoi bon ? » lui a répondu l’autre.

« – Ben, il faut bien qu’ils aient le temps de se changer pour le prochain ballet, vu qu’ils ont TOUS défilé, Mesdames… »

Ah oui… 🙂

Pouf pouf.

En hors d’oeuvre, il y a eu In Crease, de Justin Peck. Un agréable moment, illuminé par Hannah O’Neill (et Marc Moreau, survitaminé), une danse élégante à l’accent Balanchinien.

 

Puis pour le poisson, Blake Works 1, William Forsythe, vu en juillet dernier. Toujours aussi vif, dansant, nerveux, enjoué, exaltant pour les danseurs et pour le public qui apprécie cette pièce, qui ne fait pourtant pas l’unanimité. Tant pis pour ceux qui n’aiment pas, moi j’ai encore pris mon pied. Pardon : c’était un méga-kiff (j’ai dit que je parlais aux jeunes maintenant). Hugo Marchand, dansant comme une flamme, est tout simplement devenu une boite à orgasmes ambulante pour balletomaniaques, et cette pièce lui colle à la peau. Puissant, racé, élégant, ses lignes félines, sa jeunesse et sa distinction explosent dans cette chorégraphie à la fois pop et Ecole Française. Il en éclipse même Alu, c’est vous dire.

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Allez, j’me laisse aller à ma fixette du moment (photo Isabelle Aubert sur @humarchand #Instagram)

Joie aussi de voir Pablo Legasa (ou Hugo Vigliotti samedi <3), Caroline Osmont et Marion Gauthier de Charnacé dans un pas de trois vif et brillant, et aussi le « petit » Paul Marque, lauréat Varna 2016, léger et précis (et Simon Valastro aussi !) :

Et encore ces deux minutes sur Arte, où l’on voit des passages typiques que vous n’avez pas encore vus (vas-y, clique, ça me fera plaisir 🙂)  :

http://tinyurl.com/hp6zgqv

 

Après le DEUXIEME entracte (ENCORE un entracte ! 🙂), le plat de résistance : Season’s Canon, de Crystal Pite.

Quelques déclarations des danseurs (« Crystal Pite n’élève jamais la voix mais force l’admiration de la troupe par sa vision de la danse » F. Alu – « Il y aura un avant et un après Crystal Pite à l’ONP » – Marie Solène Boulet) et les saillies dithyrambiques des petits veinards qui sont allés à la Générale ou au Gala du 24 septembre (« Hiiiiiiiiii ! C’est géniaaaaaaalllllisssssiiiiiiiiime !!! »), m’avaient vraiment rendue impatiente.

Je n’ai pas été déçue. Dès le début, ça envoie grave.

Un seul corps sur scène. Une seule âme dans la salle (enfin, c’est ce que je croyais avant de reprendre mes esprits, parce qu’il y a toujours des insatisfaits – cf. mes deux petites vieilles).

Au son des 4 Saisons revisitées par Max Richter, 54 danseurs unis en un seul corps, comme les cellules d’un même organisme, maillons d’une chaîne d’ADN, liés, en mouvements lents et fluides… Imaginez une vague, ou un banc de poissons comme on les voit dans les documentaires sur la vie sous-marine. Imaginez un même souffle, une même impulsion. Les danseurs glissent, grouillent parfois, leurs corps chuchotent.

(la vidéo est de mauvaise qualité, mais ça donne bien l’idée)

@jadelarine #Instagram

Parfois « le corps » glisse comme un doux ressac, parfois, une cellule sort du rang, observe, se questionne ou se rebelle. Elle est prise en charge, phagocytée, réabsorbée. Je m’attendais, après la rencontre ballet de septembre, à une énième pièce traitant des échanges dans le couple, mais c’est une société tribale (certains y ont vu des fourmis, des araignées, mais toujours des sociétés organisées), parfois unie, parfois troublée, que j’ai vue dans cette pièce. L’humanité, peut-être (c’est embêtant, parce qu’Alina ne va pas le voir, alors je ne saurai jamais…). C’est un peu sombre, c’est très puissant, ça cloue au fauteuil et ça coupe le souffle. C’est aussi fort que le Sacre de Pina Bausch, le sacrifice, la cruauté et le voyeurisme en moins, ce qui me le rend, vous me connaissez, 1 000 fois plus appréciable.

Ah ben c’est malin, maintenant j’ai une furieuse envie d’y retourner

Un peu alien, un peu ange, organique, viscéral, tel est Season’s canon. Qu’il était beau, ce « corps de ballet ».

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Les éclairages, un peu aurore boréale, un peu cosmique…

 

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Marie-Agnès Gillot en tête
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Eléonore Guérineau dans les bras de Marie-Agnès Gillot

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François Alu et Axel Ibot
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Alessio Carbone, Aurélien Houette, Simon Le Borgne, Alexis Renault, Julien Meyzindi (?)
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Axel Ibot, ?, François Alu, Takeru Coste
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François Alu
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François Alu

 

 

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L’ovation, debout dans la salle, ou sur la scène, était, à mon sens, vraiment méritée.

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Crystal Pite par Joelle la Fée des billets #Instagram

Malheureusement, j’ai été bien vite tirée de mon enchantement par la blague potache qu’on nous a servie à la fin : la pièce « Sans Nom » (tu m’étonnes) de Toni Seghal.

J’ai trouvé ça sympa au début : musique électro à base de percussions sur violoncelle, très vive, et puis le lustre, « le collier de perle » et les loges qui s’allument et s’éteignent en battant la mesure. Ensuite, les rideaux et les cintres s’y sont mis à leur tour. « C’est sympa, ils font danser le théâtre » me suis-je dis. C’était quand même un peu longuet, j’avais hâte que ça commence pour de bon… Des danseurs sont apparus au fond du grand foyer, se sont regroupés sur scène pour s’égailler aussitôt dans les coulisses, sauf trois, qui ont franchit la fosse d’orchestre pour s’installer parmi le public, bientôt rejoins par d’autres, qui parsemaient toute la salle. Et puis ça :

Soudain ils se sont arrêtés, et je me suis dit que le spectacle allait enfin vraiment « commencer ». Mais curieusement, les musiciens ont quitté la fosse… et certains spectateurs ont fait de même : il a bien fallu se rendre à l’évidence, c’était fini. Enfin, pas tout à fait : les danseurs sont sortis eux aussi, et ont descendus le grand escalier en poussant un « la » jusque sur le parvis.

Une blague donc. Ou alors j’ai pas compris, ce qui ne serait pas la première fois. Y a sans doute un contre pied au fastueux et hiérarchisé défilé du début de la soirée, mais bon. Enfin ça fait de mal à personne, n’exagérons rien…

Bref, ce n’est qu’un détail : allez voir cette belle soirée jusqu’au 9 octobre !

PS : pour ceux qui s’en inquiétaient (comment ça vous vous en fichez ?!), comme finalement je n’ai pas accepté le poste 🙂, Aurélie Dupont a gardé Virginia (pour ceux qui ont vu Relève), l’assistante de BM. C’est bien pour Virginia, qui sous des cheveux désormais bruns, bouclés et au carré, est toujours aussi mignonne et affolée avec son allure de petite souris.

 

8 réflexions sur “Peck/Forsythe/Pite/Seghal

  1. Blake …j’aime vraiment beaucoup ! Crystal…formidable rencontre, je me doutais que son ballet serait un succès ! Tiens moi aussi je t’aurais bien vue auprès d’AD …mais ce n’est peut être pas une Chef Adorée ?!

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  2. C’est honteux de poster des vidéos de la représentation. Vous rendez vous compte que vous dérangez vos voisins et manquez de respect aux artistes en sortant votre portable pour faire des petits films ou des petites photos?

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    1. Bonjour Pierre, Je suis triste que vous interprétiez si mal les intentions de notre Amie qui veut simplement nous faire partager sa passion. Et je vous certifie qu’elle a un profond respect des danseurs. Bonne journée

      Aimé par 1 personne

      1. Chère Carole, je crois que Pierre se plaint plutôt de mon supposé manque de respect du public. Il se fourvoie car ce ne sont pas mes images, et qu’il me semble plus positif de s’adresser gentiment et surtout sur le moment au gêneur. Mais tout cela est sans importance douce Carole 😊 ne soit pas contrariée. Pierre ne me connaît pas…

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