La Sylphide – 11 juillet 2013

Coucou, c’est ta minute culturelle ! Comment tu vas bien ?

la sylphide
Ludmila Pagliero & Florent Magnenet

 

Alors, la Sylphide, de Pierre Lacotte, d’après Philippe Taglioni.

 

 

 

Je t’explique succinctement (mais si je peux !) : Taglioni avait une fille, Marie, aux membres trop longs et trop minces pour les canons de l’époque. En outre, il tenait à ce que sa fille se tienne bien et qu’on ne la prenne pas pour une gourgandine, bien que danseuse. Tout cela a poussé le père à chorégraphier un ballet pour ses enfants (son fils dansait aussi – on ne surveille jamais assez bien sa fille…) non pas en réponse aux critères à la mode, mais destiné à mettre sa trop longue filliote en valeur, tout en préservant chasteté, élégance, légèreté.

 

Marie Taglioni (Sylphide)
Marie Taglioni, cette grande bringue

 

 

La légèreté vire même un chouïa à l’obsession : pour cacher les longues jambes, une jupe vaporeuse est créée, aux innombrables jupons, de plus en plus fins, légers, qui virevoltent doucement à chaque mouvement, chaque saut… L’ingénierie de la jupe n’a d’égal que la  machinerie qui suspendra les Sylphides au-dessus de la scène.

 

La-Sylphide_Mathieu-Ganio

 

Pour occuper les longs bras, et cacher ce sein que gnagnagna…, il invente ce croisé si particulier des bras sur la poitrine :

La-Sylphide_Aurelie-Dupont
Aurélie Dupont

 

Les bras croisés typiques « Sylphide » – la main sous le menton, les petits doigts délicatement ouverts, le buste et la tête inclinés.

Tout un métier.

 

Tout est délicat, dans l’élévation, les petits pieds sont tendus, et sur pointes la plupart du temps. C’est l’empire du mené (c’est quand elles se déplacent sur pointes, pieds croisés, sans décoller leurs jambes), surtout en arrière ou sur les côtés car plus rapides, avec bras qui font de gracieux mouvement de vagues…

 

Le buste est délicatement penché vers l’avant (mais sans faire ressortir le croupion, hein), la petite batterie (tous les petits sauts, les petits battements) est de tous les instants ; elle fait tressauter la jupe aérienne qui retombe comme une plume… (voilà : c’est un ballet à points de suspension : tout retombe comme des points de suspension, d’ailleurs toutes les sylphides sont suspendues).

 

La Sylphide, être éthéré et surnaturel, mignon et encore un peu enfantin, entre nymphe et fantôme, se doit d’être légère, et tous ses mouvements y participent : les pirouettes sont ralenties pour forcer cette impression, la recherche d’élévation est permanente.

 

Le ballet s’ouvre sur James, qui roupille gentiment dans un fauteuil. La Sylphide lui tourne autour en le trouvant assez à son goût, et elle aimerait bien jouer avec lui. Mais James doit épouser Effie, et repousse la Sylphide, si joueuse, si mignonne, si libre, si belle, si mystérieuse, si… si pas comme sa future femme, bien réelle, mais aussi bien rassurante. Las ! la friponne Sylphide, qu’il est seul à voir, lui vole son alliance. Elle batifole, séductrice, enjôleuse, mais pas mauvaise. Il la repousse, elle a de la peine, elle se sauve avec l’alliance. James quitte la noce et part à ses trousses.

 

C’est alors le 2ème acte, où elle lui fait découvrir son monde, la forêt, les autres sylphides, et virevolte, virevolte… Une méchante sorcière, que James a vexée en la chassant un peu plus tôt, trouve là l’occasion de se venger : elle lui offre un voile ensorcelé qui doit aider James à capturer l’insaisissable Sylphide, mais qui la privera en fait de ses ailes, et la tuera. James, au désespoir, verra sa Sylphide s’envoler pour toujours vers les cieux, emportée par ses compagnes, pendant que dans le lointain, on voit Effie courtisée par Gurn, son amoureux éconduit… (Tu vois que comme d’habitude, ça finit super bien) (Comment ça c’est toujours la même histoire ? Ah oui, t’as raison. C’est toujours la même histoire…).

 

 

Alors j’y suis allée lundi. J’étais déjà un peu chafouine car je voulais voir Dupont / Ganio, mais cette fin de saison voit une hécatombe s’abattre sur la troupe : Evguenia Obraztsova, retour au Bolchoï après deux dates, Mathieu Ganio, bobo, Aurélie Dupont, bobo, Dorothée Gilbert, bobo, Myriam Ould Braham, bobo ou malaise de début de grossesse, et Karl Paquette qui n’arrive même pas à la rescousse ! (d’ailleurs  il est OU, Karl Paquette ? On ne l’a pas vu depuis deux mois ! Kesse ça veut dire !?).

 

Mathias Heyman (James de lundi) est un magnifique danseur (étoile), technique, puissant, qui après un arrêt de deux ans et une tige métallique dans le tibia (pour consolider des fractures de fatigue qui ne guérissaient pas) fait un très beau retour.

 

La-Sylphide_Mathias-Heymann_Evgenia-Obraztsova

 

 

Le rictus crispé de sa Sylphide (Mélanie Hurel, sourire Barbie hôtesse pendant un détournement d’avion) M’a un peu gêné (même si effectivement, au bout d’un moment, ça prête rire). Mélanie Hurel en Sylphide. Comment te dire… C’est juste une erreur de casting (mais bon, l’hécatombe…). Mélanie Hurel est une « terrienne », une femme, pas une petite chose éthérée et chimérique (malgré ses jolis pieds et ses jambes fines, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit). Tu prendrais Mathilde Seignier pour jouer Grace Kelly ? Mélanie Hurel, c’est Effie, pas la Sylphide (d’ailleurs certains jours, elle danse Effie, fort heureusement). Donc je n’étais pas trop contente.

 

La-Sylphide_Dorothee-Gilbert_Mathieu-Ganio_Melanie-Hurel
Mélanie Hurel (Effie), Dororthée Gilbert, Mathieu Ganio

 

 

Opéra de Paris m’ayant dans sa grande bonté gardé une place au premier rang pour la distribution Ludmila Pagliero / Vincent Chaillet, j’y suis donc retournée mercredi, pour être sûre. Distribution différente, TRES différente.

 

Sylphide chaillet pagliero
Vincent Chaillet & Ludmila Pagliero

 

 

J’ai A-DO-RÉ La Sylphide de Ludmila Pagliero. Qu’elle est belle, qu’elle est fine, avec ses pieds et ses attaches merveilleux, ses bras fins et souples, sa fluidité (sa fluidité, sa fluidité…), sa petite tête mignonne et un si grand naturel en toute chose : moi qui craignais l’overdose de petits doigts en l’air, la gestuelle un peu particulière du ballet lui est évidente. Toute en grâce, attendrissante, elle évite les écueils du genre, pas de poignets trop cassés, enfantine, fluide, fluide… Une plume dans la brise. Je voudrais que vous puissiez voir son agonie, lorsqu’elle tombe comme une plume, comme un voile sur le sol… Maîtriser son corps pour faire mentir ainsi notre condition et la loi de l’attraction terrestre, ça me fascine. C’est encore plus fort que les mouvements d’ailes des cygnes du lac. Même Evguenia Obraztsova ne meurt pas aussi bien : je suis allée vérifier sur Youtube, je vous mets même pas le lien tellement ça ne lui arrive pas à la cheville. (Même Aurélie Dupont (grande génuflexion – qu’elle soit bénie) ne tombe pas aussi bien dans le DVD mais chut).

 

Vincent Chaillet était parfait, tout simplement. Le jeu, les sauts, les pirouettes à l’axe parfait, technique, puissance, précision. Et ce qui ne gâche rien, partenaire tranquille et de sang froid (tes ailes de Sylphide ne tombent pas comme prévu pendant ton agonie ? T’inquiète bouge pas ! Je finis de te les arracher calmement comme si c’était normal et prévu que je fasse ça alors que pas du tout !) Je continue à penser qu’il est un piti peu content de lui, mais est-ce de la prétention, lorsqu’on est juste conscient de ce que l’on vaut ?

Vif, fier, heureux d’être là, excellent interprète au visage à la grande palette d’expression, il ne se contente pas de danser : il joue James, il l’est, et on le comprend.

Ils étaient merveilleux (ah oui pardon, je l’ai déjà dit. T’as bien compris alors ?). Ils m’ont emportée.

La chorégraphie de Pierre Lacotte est un véritable travail d’orfèvre : c’est beau, précis, rapide, virtuose… les sympathiques effets de machinerie sont préservés : ces sylphides qui traversent les airs à toute vitesse, suspendues aux cintres, ou glissant sur une planche tractée : trop mignon et rigolo !

Et le beau corps de ballet, pas de trois des Sylphides BIEN MEILLEUR mercredi que lundi (pour être plus exact, c’était un peu n’importe quoi lundi, et c’était vraiment bien réglé mercredi. Ce n’était pas du tout le même trio, ceci explique peut-être cela). Les pas de deux des écossais a failli être fatal au pauvre Fabien Révillon, qui un peu tendu, a franchement perdu son axe en fin de pirouette. Comme heureusement c’était la fin de sa variation, il a fini un genou à terre. Probablement un grand moment de solitude, le pauvre…

Les deux sorcières (Stéphane Phavorin chéri lundi, Alexis Renaud mercredi), dans des styles différents, faisaient très bien leur job. Dire que les adieux de Phavorin sont pour le 15 juillet. Ca y et, la charrette commence à passer… Ouin !

Et pourtant dans la salle… Lundi c’était limite standing ovation, alors que ce soir, c’était chaleureux mais c’est tout. Sans compter la pisse-froid à côté de qui j’étais assise : pas un sourire, pas un soupir, PAS UN APPLAUDISSEMENT en deux heures ! Ce genre d’avarice m’est réellement insupportable…

Bref, la Sylphide, c’est beau, très beau. De la belle ouvrage, une grande soirée chair de poule.

Ah oui, encore un détail, car il y aura bien un(e) petit(e) malin(e) pour y faire allusion : pour les kilts et l’absence de dessous adéquats et tout ça, oubliez. Ils en portent. Assortis au kilt. Vaut mieux pour eux d’ailleurs. Et ils sont très mignons en kilt.

Voilà. C’était ma dernière soirée avant le 5 octobre maintenant… (ouin). Mais la bonne nouvelle, c’est qu’à la rentrée, c’est La Dame aux Camélias, et que j’ai UNE PLACE POUR LES ADIEUX D’AGNES LETESTU !!! Sauf si elle se blesse. Ou qu’ils déprogramment sauvagement, ou… N’anticipons pas, le pire n’est jamais certain.

 

Bisous bisous, yassas, kénavo, buenas noches, arrivederci.

 

PS : Aujourd’hui, en cadeau Bonux, un lien où Raymond Franchetti explique ce qu’est un cours de danse (la barre, le milieu, quels exercices, pourquoi) avec de grands danseurs (Elisabeth Platel, Agnes Letestu, Jean Guillaume-Bart, Fanny Fiat, Karl Paquette, Bertrand Bellem) pour illustrer ses propos. Très instructif. http://www.youtube.com/watch?v=wzFIiI7LF_k

 

PPS : sinon je t’ai dit que j’avais UNE PLACE POUR LES ADIEUX D’AGNES LETESTU ? Chuis trop contente !!! Pour une fois que je vais être là où il faut au moment où il faut !

 

 

 

 

 

 

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