Kaguyahime – 3 février 2013

J’en entends déjà certaines me dire « alors, c’était comment ton truc samedi soir ? »

Kaguyahime
Marie-Agnes Gillot dans « Kaguyahime », choregraphie de Jiri Kylian

 

Je suis allée voir Kaguyahime, ballet du chorégraphe Jiry Kylian, interprété par le ballet de l’Opéra National de Paris (petite génuflexion).

Je vous la fait très courte : c’est inspiré du conte japonais ultra populaire (chez eux) éponyme, qui narre l’histoire d’une jeune femme d’une beauté surhumaine (et pour cause : elle vient de la lune. C’est une lunienne, quoi). Elle repousse les prétendants les plus valeureux et les plus riches, jusqu’à l’Empereur lui-même, pour ne pas souffrir comme le font les humains de l’attachement amoureux. Finalement, ça marche pas aussi bien qu’elle l’espérait, elle souffre, mais les luniens trouvent que ça suffit comme ça et la font remonter dare-dare en aveuglant momentanément les humains (et les spectateurs par la même occasion).

 

Or donc. Kaguyahime. C’est l’archétype du ballet moderne (tu – je – le vois sur internet, t’y vas pas). Et pourtant tu rates quelque chose. L’énergie, la violence, la beauté du geste, l’excellence des danseurs. Malheureusement aussi, ton voisin qui sent l’ail et qui s’emmerde.

 

La musique d’abord, car elle est « physiquement » présente, puissante, violente.

Il y des tambours de toutes tailles et de toutes tessitures, qui vous raisonnent jusqu’aux tréfonds de la rate.

De drôles de petits disques de métal qu’on frotte sur des archets tenus à la verticale. Des grelots à profusion.

Des flûtes et des instruments à vent traditionnels japonais qui font saturer les tympans.

Moi j’aime bien qu’on me vrille la rate, mais pas le tympan. Chacun ses goûts. Heureusement, plus de tambours que de tympans torturés.

Le savais-tu ? Les percussionnistes, quand ils jouent entre eux comme ça, ben ils mettent des bouchons d’oreille ! Ou alors, c’est que eux aussi ils n’aiment pas les vrilleurs de tympans… Je sais pas finalement.

Et puis bien sûr, les danseurs. La divine Agnès Letestu (grande génuflexion), bientôt 42 ans, la retraite la saison prochaine (sanglots). Qui malgré le port d’un académique* en panne de velours dévoré blanc, que l’équipe des gymnastes soviétiques des années 70 n’aurait pas renié, resplendit, irradie (normal : c’est la lunienne). Perfection, maîtrise de chaque geste. Expression, émotion. Le tout sans fausse modestie, mais avec bonheur, maturité… La doyenne au meilleur sens du terme.

 

Le plaisir de voir les petits jeunes du corps de ballet profiter d’une distribution faite pour eux. De belles choses scéniques, des jeux d’étoffes dorées immenses gonflées par les danseurs, dont ils usent pour capturer la lunienne… La remarquable scène de bataille entre les villageois et les citadins qui s’opposent deux à deux, les sauts, la vélocité, l’explosion des tambours, les musiciens qui fusent de la fosse d’orchestre et courent sur scène prendre part à la bagarre, en ligne derrière chaque camp, à coup de cymbales et de tambours, ces flots d’énergie que les lumières tromboscopiques, pleines d’orage, font aboutir à leur paroxysme. Et toi plaqué à ton fauteuil. Whaou.

Et ça, en DVD, tu peux toujours courir : tu ne le vis pas.

 

Et donc les costumes, que tu oublies. En lisant le programme, je me suis dit : « tiens, y a pas la photo de la personne qui a créé les costumes » – alors que tout le monde à sa photo dans le programme. J’ai compris : elle ne veut pas qu’on la reconnaisse 🙂

Donc en résumé, Kaguyahime, vas-y si tu es sûr de la qualités des danseurs, et si tu n’as pas d’acouphènes.

Voila, ami lecteur, le mois prochain je te donnerai mon avis dont tu n’as rien à battre sur la soirée Roland Petit. J’espère qu’il y aura du beau gosse sur scène, parce que Roland Petit sans son truc en plume, je sais pas… Mais cette année, j’ai décidé : pas d’à priori, je vais tout voir.

 

Voila. Bisous bisous, yassas, kénavo, buenas noches, arrivederci.

 

 

PS : j’ai à peu près bien tout bien compris les décors, par contre, les deux chevaux qui tombaient du ciel, pendant que d’autres étaient plus classiquement disposés au sol, ça, non. Si il y a quelqu’un de cultivé pour m’expliquer la symbolique des chevaux qui tombent du ciel, merci d’avance.

 

* un académique, c’est un justaucorps qui couvre des pieds à la tête. Ou des épaules aux chevilles, mais d’un seul tenant quoiqu’il en soit. Le genre de truc, si t’as un microgramme de graisse, c’est tout simplement pas possible.

 

 

 

 

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