La Bayadère – 13 janvier 2016

 

Namaste, toi ! Et bonne année, aussi !

Bayadère 1

 

Bon. Je vois bien qu’z’êtes inquiets.

« Tu vas plus au ballet ? »

Mais si j’y vais.

« Ah bon, ben pourquoi tu fais plus tes mails ? »

Ben, parce que tu me dis jamais ce que t’en pense.

Je sais pas si tu les lis.

Je picole plus assez au bar de Garnier, alors j’ai moins envie de dire des bêtises.

En rentrant, je fais à manger à Petite Princesse, après avoir passé 1 h 30 à poireauter avec elle devant la sortie des artistes dans le froid* / la pluie* / le vent* / les odeurs d’urine (Bastille)* / sur des talons* (* rayer les mentions inutiles) pour finalement avoir l’air d’une hystérique en déclarant ma flamme à Héloïse ou Laura, ou pour embrasser les joues fraîches et gentiment tendues de Takeru ou Hugo**, sous le regard médusé de Petite Princesse qui se demande in peto comment je peux débiter autant de conneries à la minute.

(** Ah oui. Vu comme ça finalement, ça vaut la peine d’attendre).

 

Donc, Mesdames-Messieurs, sous vos Z’yeux Z’ébahis, ma nouvelle chroniquette. Façon 50 millions de consommateurs :

Crash-test Bayadère ONP 2015 : distributions des 19 novembre, 16, 21 et 31 décembre 2015

Laquelle choisir ?

 

 

Chorégraphie : Rudolf Noureev (d’après Marius Petipa. Oui Marius Petipa était danseur et chorégraphe. Comme Benjamin Millepied. Ça ne s’invente pas).

Musique : Ludwing Minkus (qui, avec Tchaikovsky, est un peu à la musique de ballet ce que David Guetta est aux boites d’Ibiza : c’est dansant, et ça reste bien bien longtemps dans la tête).

 

 

Tout d’abord, quelques mots sur l’intrigue.

La fille meurt avant la fin, trahie par l’abruti dont elle est amoureuse.

Le Grand Brahmane aime Nikiya, la première des Bayadères (sortes de vestales en Inde, mais qui peuvent coucher, et même choisir avec qui), qui aime Solor (regarde la vidéo juste en dessous, c’est son entrée dans l’acte 1), qui aime Nikiya.

Le Rhaja pense, lui, qu’il est temps de marier Fille Chérie (Gamzatti) à un chouette guerrier, et décide de la donner à Solor, qui se trouve bien embêté : il aime Nikiya, d’accord, mais de là à dire au Rhaja « ta fille j’en veux pas », y a quand même un peu de distance. Courageux, mais pas téméraire, Solor.

 

(Apparté –  le scénario classique du ballet classique : la fille meurt à la fin. Pour que la fille meurt à la fin, il faut que le héros soit : 

  • un peu lâche ou pas très loyal, comme dans le cas qui nous occupe, 
  • joue « dans la même équipe », comme Siegfried dans le Lac, 
  • un peu beaucoup enfoiré, comme dans Giselle, 
  • un peu con, comme dans la Source. 

Partant de là, l’héroïne en arrive toujours à la même conclusion : si c’est pour voir ça, autant en finir tout de suite – fin de l’aparté).

 

Gamzatti n’est pas mécontente de son sort : Solor est beau gosse, et il ramène des chouettes trucs de la chasse, comme des éléphants à roulettes (ci-dessus) et des tigres en peluche pendus par les papattes (ci-dessous).

Bayadère 3

 

 

Las ! Elle surprend la conversation de son père et du Brahmane qui, tout vénère (énervé, pour les non-francophones) que Nikiya se refuse à lui, révèle l’amour secret qui l’unit à Solor. Gamzatti entreprend de corrompre Nikiya afin qu’elle renonce à Solor. Sa tentative est vaine, pire : Nikiya, humiliée par Gamzatti, prend un coup de chaud et se saisi d’un poignard pour zigouiller celle qui veut détruire son amour. La servante lui fera reprendre ses esprits in-extremis, laissant Gamzatti dans une colère qui ne s’apaisera que par la vengeance, et l’élimination de sa rivale.

Le 2ème acte s’ouvre sur les fiançailles : c’est le moment des pas d’action, en groupe, par deux ou quatre. Les compagnons de Solor, les filles aux éventails et celles aux perroquets, les indiens qui dansent sur un rythme endiablé, Manou la petite porteuse d’eau, l’Idole dorée, se succèdent pour divertir et rendre hommage à la belle assemblée.

 

 

 

 

L’Idole Dorée

Bayadère 3

 

Nikiya enfin danse pour le Radja et le jeune couple de promis, ne quittant pas des yeux le lâche infidèle. Elle reçoit une corbeille de fleurs (t’as vu comme elle est contente ?) qu’elle croit offerte par Solor, mais qui viennent en fait de Gamzatti, et qui abrite un serpent. La pauvre Bayadère est mordue et se meurt ; le Grand Brahmane lui offre l’antidote, mais lorsqu’elle questionne Solor sur son engagement et qu’il détourne son regard sans répondre, elle comprend qu’elle l’a perdu, et renonce au remède. Elle s’écroule dans les bras de Solor (après avoir suffisamment sautillé et tournoyé pour qu’il ait le temps d’arriver à elle et de la rattraper avant qu’elle ne touche le sol). Le rideau se baisse sur la douleur du gros bêta qui pleure [sur] son aimée.

 

 

Le 3ème acte, l’acte en blanc, s’ouvre sur Solor qui déprime ferme (mais qui fait quand même deux-trois arabesques avant de se coucher), et s’adonne à l’opium pour trouver le repos… Son sommeil l’entraîne au Royaume des Ombres, fantômes des Bayadères défuntes. Il y retrouvera en rêve sa belle Bayadère…

Le ballet, version Noureev, s’achève ainsi (il parait que les Russes ont un 4ème acte où l’on voit à nouveau Solor braire sur sa funeste condition, mais pas chez nous).

 

C’est une très belle production : somptueux costumes aux coloris Bollywood, parés de broderies magnifiques et abondantes, coiffes qui brillent, beaux décors et accessoires du tonnerre (éléphant à roulette pour Solor, chaises à porteur, tigre en peluche, petits danseurs de l’école, danseurs maquillés des cheveux aux orteils…) ; c’est un très beau spectacle.

Bayadère 4

Et bien sûr, il y a l’acte 3, l’acte blanc :  je ne me lasserai jamais de la descente des 32 Ombres, qui pendant 8 mn prennent possession de la scène, une à une, dans une même séquence de pas (arabesque, temps lié – un demi plié pendant lequel on passe le poids du corps d’un pied sur l’autre – cambré, 3 pas en avant – ad libitum). Elles sont magnifiques, c’est une performance très physique, car contrairement à nos amis russes, qui jouent cette partie sur tempo plus rapide, ce qui permet de ne pas garder l’équilibre trop longtemps et d’aller plus vite, la musique est jouée plus doucement chez nous, ce qui rend l’exercice plus difficile, d’autant qu’après la descente, elles restent sur scène pour un adage, toutes bien alignées, avec cette écharpe de mousseline attachée à la nuque, aux coudes et aux mains qui amplifie si joliment leurs ports de bras… C’est un délice, une extase dans laquelle je me roulerais bien plus que ces quelques minutes. (Ici, à 1h 29 mn tu peux voir l’arrivée des Ombres et entendre la jolie musique de Loulou Minkus).

Bayadère 5

 

 

Or donc, les distributions.

 

Le 19 novembre (Amandine Albisson et Josua Hoffalt, étoiles, Valentine Colasante, 1ère danseuse, en Gamzatti) était propret mais sans de brio, chacun a fait son job, mais bon… C’était seulement la 2ème représentation, il y a peut-être de ça aussi…

 

Le 16 décembre n’a été que ravissement : Nikiya frêle et forte, sensible, au haut du corps si délié, aux bras et aux mains infinis, délicats et souple, l’étoile Myriam Ould Braham, « Princesse Myriam« , comme certains la surnomment, a livré son meilleur, amoureuse d’un Solor jeune, impulsif et un peu bourrin, campé par François Alu, monté sur ressort et branché au 220V, comme on en attend pas moins de lui. Aucun manège ne lui résiste, lui n’escamote pas les doubles tours en l’air qui se succèdent (pas comme Hoffalt, pourtant étoile, alors qu’Alu n’est que premier danseur…). Il est vif, puissant, expressif, sincère. Certes un peu plus râblé que ses camarades, pas vraiment « danseur noble », c’est l’antithèse d’Hoffalt, tout en tiédeur feutrée. Valentine Colasante était encore Gamzatti, et tout à fait subjectivement, je ne l’aime pas beaucoup, ce qui n’est pas l’avis général. Tant pis pour moi.

Myriam Ould Braham et François Alu

 

Le 21 décembre, Petite Princesse et moi avons découvert deux étoiles invitées du Mariinsky : Kristina Shapran et Kimin Kim. J’avais encore la rétine marquée par François Alu, mais rendons à César ce qui est à lui : Kimin Kim n’est pas monté sur ressort : il vole. Il a une interprétation plus classique, et une danse très pure. Melle Shapran est parfaite. Tout cela manquait peut-être un peu de passion, passion qu’Héloïse Bourdon (dont je suis définitivement amoureuse depuis décembre 2014) s’est chargée d’apporter : Gamzatti complexe mais lisible, avec sa fougue habituelle, et sa danse ciselée, je ne comprends pas pourquoi elle ne monte pas au concours (depuis 5 ans elle reste Sujet, alors qu’elle plus-que-mérite d’être Première Danseuse, et même Etoile, à mes yeux. Espérons que Benjamin s’en rende compte sans tarder. Il serait si cruel de la voir partir dans une autre compagnie, lassée d’attendre son tour, comme Mathilde Froustey partie à San Francisco…).

 

 

Kristina Shapran et Kimin Kim, Héloïse Bourdon

Bayadère 7

Bayadère 8

 

 

Une de mes photos les plus pourries

Bayadère 9

Kristina Shapran, Petite Princesse, Kimin Ki, à la ville

 

Enfin, le 31 décembre, j’ai mis ma robe longue, et je suis allée voir la [ma] dernière Bayadère, trop heureuse d’y voir Laura Hecquet (Étoile) et Hugo Marchand (Premier danseur), remplaçant Josua Hoffalt qui a eu la bonne idée de se faire un peu mal pour laisser la place !!! J’aurais pu vous écrire ce soir-là, car j’avais assez bu aux entractes : les soirées des 31 sont arrosées au Taittinger (j’aime bien le Taittinger), et l’on vous offre des petits fours.

Hugo est très élégant, puissant, racé ; encore quelques années et il sera absolument irrésistible, dans la veine de Mathieu Ganio. Laura est fine, longue, elle donne du caractère à sa Nikiya, sa variation désespérée du 2ème acte, durant laquelle elle ne le quitte pas Solor… Bon, pas d’bol, Valentine était encore là pour Gamzatti…. (c’est le problème avec la ballerine une peu épaisse – elle fait au moins du 36, rends toi compte : elle résiste super bien à tout  !!!).

 

Laura Hugo

Laura Hecquet et Hugo Marchand

 

Pour cette représentation de réveillon, nous avons eu droit à quelques blagounettes du corps de ballet, plus ou moins visibles selon qu’on connait le ballet ou non : les esclaves ont été désaltérés au jéroboam de champagne, et non pas à l’eau, les suivantes de Gamzatti, dans leur premier pas de 4, dansent avec des baguettes de fée en plastique,

les mêmes apparaissent ensuite avec un chiffre sur le tutu (regarde ici pour voir les chiffres ou ici pour entendre les gens rire), qui compose « 2016 » lorsqu’elles s’alignent, d’autres encore ont troqué leur écharpe de mousseline pour une guirlande de Noël… À part pour le « 2016 », c’était très « private joke / humour de balletomane », mais j’ai bien aimé (on était à peu près 3 dans la salle à capter, j’avais l’air un peu con à rigoler toute seule…).

Mon seul regret est de ne pas avoir vu le fakir de mon cœur incarné par le petit-mais-si-irrésistible Hugo Vigliotti, mais bon, on peut pas tout avoir… Et Petite Princesse et moi irons le voir de plus près lors des spectacles de 3ème Étage, dès jeudi prochain par exemple (oui maman, je la fais sortir en semaine. Oui elle va être fatiguée. Mais elle verra son idole).

 

Bref, La Bayadère, c’est vraiment très chouette. Pour illustrer tout ça, je vous recommande vivement le compte Instagram Bayadère2015, qu’il est très chouette et rigolo, et qu’il y a plein d’autres choses à voir en plus des quelques vidéos de ce billet (je recommande les « instants poubelle » de la définitivement barrée Daphnée Gestin-Adam).

 

Voilà, c’est tout pour cette fois (comment ça, ouf ?).

 

Bisous bisous !

La Bayadère 2012 intégrale, avec Aurélie :

 

 

 

 

 

 

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