Troisième symphonie de Gustav Mahler – 7 mai 2013

Ah les copains !

Ce que j’ai vu ces derniers jours était tellement pur, je vais jamais arriver à vous faire rigoler avec ça… Mais il faut absolument que je vous écrive, car peut-être que certains auront envie de profiter de la dernière représentation dimanche prochain à 14 h 30 (il reste des places sur l’Internet).

Mahler
Et encore, je ne peux pas vous montrer comment ils en sont arrivés là… C’était tellement… intelligent !
 

La (ma) vie étant ce qu’elle est en ce moment (une succession de bourbiers apparemment inévitables), l’Opéra de Paris est pour moi un endroit magique, une parenthèse enchantée qui m’envoûte littéralement. Ça commence dès l’arrivée des premiers musiciens dans la fosse. La cacophonie s’élève, et puis soudain, on donne le LA : je passe dans la 4ème dimension… Le noir se fait, le rideau s’ouvre, et les dieux apparaissent sur scène.

Cette semaine, c’était encore plus vrai que d’habitude. C’était un pur moment de grâce, d’esthétisme. Tellement beau, tellement riche, élégant, qu’après l’avoir vu samedi, j’y suis retournée lundi (il y avait encore quelques places à vendre et le site ONP n’était pas planté ! Dingue !). 
La 3ème symphonie de Mahler par John Neumeier n’est pas un ballet narratif, il y a juste un fil conducteur. Tout simplement, John a mis en danse la symphonie de Gustav, ce qui en fait un ballet pour spectateurs paresseux et contemplatifs, pour moi, quoi. Cette 3ème symphonie, c’est comme contempler un coucher de soleil sur l’Océan Indien, ou regarder un enfant dormir, sauf que ça dure 1 h 55 et que ça n’est JAMAIS longuet (remarque, pour ce qui est de l’enfant qui dort, c’est jamais trop long…).
Mahler 2
Karl Paquette, Mathias Heymann (je n’arrive pas à reconnaître les messieurs qui ont la tête à l’envers)
 

Pour sa 3ème symphonie, Gustav est parti vivre dans une petite auberge au bord d’un lac. Il faisait de grandes promenades, puis il rentrait pour « engranger la moisson » (sic). Il a créé sa symphonie comme un hymne à la nature, il parle de la roche, des fleurs, des saisons, des animaux de la forêt, de l’homme, des anges, de l’amour. John, en l’illustrant, en fait un parcours initiatique pour l’Homme.
Le premier et le plus long mouvement, Hier, ne rassemble que les garçons. D’abord, ils s’éveillent, unis et gracieux. Ils prennent des poses graphiques et hypnotisantes, tout en fluidité. Leurs mouvements (très techniques quand on y prend garde, mais sans trace d’effort, bien entendu) sont gracieux, liés, merveilleusement maîtrisés. L’homogénéité du groupe est remarquable, cet ensemble, aux gestes à l’unisson, c’est tellement… Graou !

 

Mahler 3
L’Homme contre la Guerre. L’Homme s’y opposera avec succès (trop fort, l’Homme)
 

La Guerre et ses copains en collants verts arrivent. On la sent bien un peu teigneuse, la Guerre, mais ici elle n’est quand même pas trop méchante : martiale certes ; les gestes deviennent plus forts, mais pas vraiment violents, tout comme la musique, qui tient plus de la parade militaire que de la charge héroïque.
Vient ensuite l’Eté, ses fleurs, des couples heureux, que l’Homme regarde. C’est champêtre, léger, bucolique, toujours aussi gracieux. Puis l’automne, qui voit d’autres couples se former.
Carbone Hurel.jpg
Alessio Carbone et Mélanie Hurel
A la fin de l’Eté, la Nuit. Un pas de trois entre l’Homme, la Femme et l’Ange, en silence tout d’abord, puis porté par la voix d’une chanteuse. Un peu mélancolique – et pour cause, c’est un hommage à Cranko, le maître décédé de Neumeier. Mélancolique, mais pas triste. Recueilli et uni plutôt.
Ciaravola
L’Ange, Isabelle Ciaravola
 
La lumière et la légèreté reviennent avec le mouvement suivant, celui de l’Ange, accompagné d’un chœur d’enfants. L’Homme y voit l’innocence, la main de Dieu… Il continuera sa route, seul.
Comment vous dire ? J‘ai cru avoir froid tellement tout ce que j’avais de capillaire et de pileux se dressait sur mon épiderme. Après la Nuit tout particulièrement, les émotions, jusqu’alors surtout esthétiques, sont secouées par l’intimité de la nuit et du silence, et par celles évoquées par l’Ange dans « ce que me compte l’Amour »,  le dernier mouvement, porté par le final de la musique. Les couples se retrouvent, se font et se défont, se tendent vers le ciel dans un merveilleux mouvement pour s’enfuir ensuite de tous côtés. L’homme continue sa route vers l’horizon après avoir jeté un dernier regard à l’Ange, qui ferme la scène avant que le rideau ne tombe.
J’ai nettement préféré Mathieu Ganio, à l’élégance de dandy mais masculin. Florian Magnonet a des ports de bras (et des mains surtout) trop chichiteux à mon goût. On n’est pas ici dans le ballet romantique, les garçons sont virils, et les filles féminines, chacun est à sa place. Toutefois ne jetons pas bébé avec l’eau du bain : son côté juvénile est parfaitement adapté à ce chemin initiatique.
C’étaient des soirées très riches, et je ne saurais trop vous conseiller, si le cœur vous en dit, de vous précipiter sur www.operadeparis.fr : il reste quelques places pour dimanche prochain 14 h 30, dernière représentation. La distribution de dimanche prochain est très chouette: les filles ne seront pas déçues, y aura du beau gosse : la mèche de Magnonet, Alessio Carbonne qui assure le taf tous les jours, le très très joli Audric Bézard (qui avec la trentaine lui aussi prend beaucoup d’envergure), Yannick Bittencourt qui n’est vraiment pas mal non plus, et un très beau corps de ballet. Les garçons ne seront pas en reste avec Agnès Letestu (la Femme) et Dorothée Gilbert (l’Ange), Muriel Zusperreguy, entre autres. Elles sont merveilleuses, mais si je n’en dis pas plus c’est que je trouve que ce sont les hommes, pour une fois, qui portent le ballet.

Mahler Bézard

 
Un petit truc rigolo quand même : c’est bien la première fois que j’entends le chef d’orchestre, très énergique, ventiler plus fort que les danseurs ! Il avait parfois des mouvements de bras si amples et forts qu’on entendait l’appel d’air de ses poumons ! Peut-être est-il un peu asthmatique ?
PS : est-ce que quelqu’un a des synonymes pour « gracieux », siouplait ?
Allez, bisous bisous, yassas, kénavo, buenas noches, arrivederci. Mercredi je vais voir une soirée mixte L’Oiseau de feu – Après midi d’un faune – Boléro de Ravel par Cherkaoui. On verra si je suis plus drôle !

2 réflexions sur “Troisième symphonie de Gustav Mahler – 7 mai 2013

  1. Un pur bonheur de relire ton enchantement pour ce ballet après avoir pu le regarder – Merci France 3 et surtout Merci Sylvie ! Ce ballet a confirmé toute mon admiration pour les chorégraphies de Neumeier qui est pour moi un sculpteur et poète des danseurs. J’ai particulièrement aimé Eleonora, Laura, Mathilde et bien sûr le trio Matthias, Stéphane et Karl Chouchou !

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