Soirée hommage Roland Petit – 24 mars 2013

Coucou mes Chéris !

Je l’ai déjà dit à certains, cette année, la programmation de l’ONP, c’est disette sur le ballet classique. Donc, on va voir ce qu’il y a : ce soir, c’était soirée Roland Petit.
Roland Petit, je connaissais surtout son truc en plume (et comme vous le verrez, on peut difficilement faire abstraction), sa mère Rose Repetto, et des extraits du « Jeune homme et la Mort », qui même dansé par Nicolas Le Riche (hiiiiiii !!!) me semblait chiantissime. En plus quand il sourit Roland, il ressemble à Mamie Tourte (c’est mon arrière-grand mère) en version chauve, et ça me fait un peu peur.
J’avais des à priori quoi.
Ben je les ai encore un peu.
RPetit
Bref. Je vais vous étonner : j’ai passé une bonne soirée !

On nous proposait trois courts ballets : Le Rendez-vous, Le Loup et Carmen. Le truc bizarre dans tout ça, c’est qu’il y avait des clônes de Zizi Jeanmaire dans deux des ballets sur trois. Perruques noires et coupes garçonne pour tout le monde. Pour Isabelle Ciaravola, qui jouait la garce du Destin, et qui a d’habitude les cheveux noir corbeau, ça passait très bien, d’autant qu’elle est fine et gracile comme Zizi (et ses jambes fines et galbées !  Son en-dehors* surnaturel ! Son cou-de-pied itou** !!!). Par contre, sur Aurélie Dupont dans le rôle de Carmen, on s’demande… Parce qu’Aurélie, c’est pas vraiment une petite chose gracile, c’est plutôt une ballerine charpentée (oui, mince, mais charpentée, avec du muscle, du tendon, des épaules. Fines, mais carrées quand même), sourire carnassier… Elle est plus amazone que papillon.
C’était très bien dans cet ordre là : du moins bien au plus mieux.
Le « Rendez-vous », et bien, bof.
D’abord, costumes et chaussures de ville, j’ai du mal. Je suis un peu une obsédée du chausson, moi. Les chaussures ça cache les pieds, et ça me frustre.
lejeunehomme
J’ai un peu l’impression que c’est la version courte du Jeune Homme et la Mort : un jeune type croit qu’il va avoir une belle vie et rencontrer une fille sublime. En fait, il rencontre le Destin qui veut l’égorger, parce que c’est son jour et que c’est ainsi (c’est le Destin quoi). Le jeune type plaide sa cause, lui montre combien il est jeune et plein de joie de vivre et vraiment super comme type, et croit embobiner le Destin en lui inventant une histoire de rendez-vous avec la fille la plus sublissime de la terre qu’il doit voir le lendemain. Pof, le Destin lui dit : ah ben oui, t’as raison. L’autre, ce bêta, se dit qu’il l’a bien enfumé, cet idiot de Destin, et le lendemain, re-pof, il rencontre la fille sublissime ! Et en plus, elle veut le séduire ! Le jeune type, drôlement étonné,  se dit que la vie est quand même formidable, que si ça se trouve, y a qu’à imaginer des trucs merveilleux pour qu’ils arrivent, et à ce moment là, boum, la fille, qui est en fait une copine du Destin, lui tranche froidement la gorge et se barre une fois qu’elle est sûre qu’il est bien HS. Voilà voilà. Tout ça avec une chorégraphie qui m’a fait autant d’effet qu’un verre d’Evian quand j’ai pas soif. Bien sûr Nicolas Le Riche reste lui-même, propre et dynamique, éternel jeune homme, et Isabelle Ciaravola et merveilleuse, fine, élégante, et je pourrais regarder ses jambes bouger pendant des heures, même si c’est sur des talons de 10 comme ce soir et pas sur des pointes, mais voila, émotion, que dalle, rien, nada, zéro. Il est mort là comme ça devant nous, ben ça m’a rien fait.
Heureusement, tout de suite après, « Le Loup ».
Un village de campagne d’un siècle passé, pointes pour les filles, chaussons pour les garçons. François Alu dans le corps de ballet (aka « François L’Hallu », eu égard à la remarquable puissance de ses sauts, mais je crois vous avoir déjà fait l’article à propos de ce garçon, qui s’est manifestement très bien rétabli de la méchante déchirure à la cuisse de cet automne, youpi).
le loup
Un jeune marié, déjà volage le jour de ses noces (!!!), profite des tours d’un forain pour faire croire à sa moitié qu’il s’est transformé en loup, et laisse la pauvrette partir avec l’animal du prestidigitateur fonder son foyer, pendant que lui part avec une bohémienne. La jeune mariée (elle est gentille…), qui croit donc vivre avec son amoureux transformé en loup (remarquable Audric Bézard***, beau comme une gravure de mode, grand, fin mais puissant (je sais pas vous, mais moi j’aime pas trop les gros jambons, je trouve que les muscles trop gonflés, c’est pas élégant et ça donne l’air con – enfin ça n’engage que moi, hein), qui rend à merveille l’animalité de son rôle par des tremblements, des mains en griffes, des mimiques – et des fausses dents :)), fini (la jeune mariée****) par se rendre compte qu’il s’agit d’un vrai loup, sans humain dedans (tu vois le niveau de la donzelle quand même, gentille quoi…). Mais elle l’aime tout de même, de plus en plus, pour son honnêteté, sa loyauté, sa fidélité. Tout pourrait donc aller très bien, « mais les bonnes gens n’aiment pas que – l’on suivent une autre route qu’eux », et veulent tuer le loup. Ils le blessent, elle s’interpose, et ils meurent tous les deux sous les coups de fourche des abrutis du village.
Bon, dit comme ça, ça rend pas, mais c’était vif, tonique, très conte de fée, et ça meurt à la fin. J’ai l’impression que c’est une constante avec ce chorégraphe.
Il était pas un peu dépressif, ce Roland Petit ? Ou alors il avait des problèmes avec Zizi ? Je sais pas.
Enfin, « Carmen ». Porté bien sûr par les plus grands tubes de Bizet, ce qui met d’emblée une bonne ambiance flamenco-tape-dans-tes-mains-olé !
Aurélie Dupont (grande génuflexion) en Carmen (perruque noire garçonne donc… vous aurez compris que ça ne m’a pas plus, mais ses grands yeux font oublier cette bêtise). Divine, racée, comme d’habitude… Une vrai chance d’être tombée sur un soir où elle dansait.
Carmen
Karl Paquette (en brun !!! Il est blond en vrai. Il est beaucoup plus beau en blond. J’espère que c’est une teinture éphémère !), Don José.
Certains moments sont traités avec humour, comme cet « amour est enfant de bohème » scandé (pas chanté, hein, scandé) par le corps de ballet pendant que Don José se la joue toréro-chuis-l’plus-beau, des piétinés flamenco très Oooooo-lééééé…
De deux choses l’une : soit Roland Petit était très cynique, soit il aimait bien rigoler, car certains personnages, comme Don José ou Escamillo sont fiers… jusqu’au ridicule. Karlito, notre stakanoviste de l’ONP, prend la chose parfaitement, et pousse le trait à merveille. J’adore ce type : d’une humilité étonnante (il trouve toujours qu’au 3ème acte il avait un orteil qui n’était pas vraiment où il fallait, faut vraiment qu’il aille à son cours de danse demain matin, parce que vraiment, ça ne va pas ) (c’est vrai, après tout, il n’est qu’étoile de l’ONP…), il peut tout jouer, il est vif, bon partenaire, puissant, sensible dans son interprétation. Autant vous le dire, c’est notre chouchou, à Padmé à moi.
Vous connaissez l’histoire, Don José tombe sous le charme de Carmen, qui allume tout ce qui bouge. Amoureux fou, il tue un homme à sa demande, pour lui prouver qu’il en est un (un homme. Ca dort dans l’fond).
Elle continue à le faire tourner en bourrique, et elle y arrive tellement bien qu’il est tout vé-nère et qu’il la tue. Merveilleux pas de deux final, où l’on voit s’affronter les deux amants à la manière du torero et du taureau, seulement rythmé par un tambour à la puissante raisonnance. On n’était plus à l’Evian là : c’était plutôt vodka dry cul sec avec verres vides balancés par dessus l’épaule.
Voilà. Lumières impec’, jolis costumes (sauf le RV, vous avez compris). Donc, les copains, si vous voulez y aller, cette fois où une prochaine, allez-y : vous passerez une bonne soirée. Mais ce n’est pas non plus le transport et l’exaltation de certains autres soirs. Et pourtant, Le Riche, Ciaravola, Dupont, Karlito, Bézard, tout ça le même soir…  (et Amandine Albisson aussi, qu’il va falloir surveiller). Mais moins de magie. Donc, je ne suis pas non plus tout à fait libérée de mes à priori sur Roland.
 
* L’en-dehors, c’est le fondement de la danse classique : ça désigne la rotation de la hanche vers l’extérieur qui fait qu’on montre l’intérieur de la jambe et du pied. On croit que c’est juste le pied du danseur qui est « en canard », mais pas du tout : c’est toute la jambe qui est tournée, c’est sur la hanche qu’on tire, par sur le pied ni la cheville. Essaye, tu verras, c’est pas facile).
 
** Le cou-de-pied, c’est l’arc dessiné par le dessus du pied lorsqu’on en tend la pointe. Certaines danseuses surhumaines, comme Sylvie Guillem ou Isabelle Ciaravola ont un tel cou-de-pied que lorsqu’elles sont assises au sol, jambes tendues devant elle et talons au sol, elles peuvent toucher le sol avec leurs orteils. Essaye aussi, et donne moi des nouvelles. Je te préviens : si tu y arrives, je te hais.
 
*** Note pour les filles : y a quand même un truc remarquable avec la génération qui va remplacer les danseurs sur le départ, c’est que la proportion de danseur « canon » et en nette progression. Très nette. Googlisez Jérémy Bélingard, Karl Paquette, Audric Bézard, François Alu, même Stéphane Bullion pour celles qui aiment…
 
**** Nan, je t’aide un peu, parce que je disgresse pas mal j’ai l’impression…

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