Ooooh Roméo, mon Roméo (et Juliette, donc) – 18 avril 2016

Mes Macarons,

Il y a des jours où l’on voit de la danse (et c’est déjà bien), et d’autres où l’on assiste à des histoires, où l’on voit des personnages, des vies, des émotions, de la pââââssion quoi ! C’est tellement bon, lovée dans l’écrin douillet de la salle, envahie par la musique, la poitrine serrée par l’émotion, de se laisser porter par les personnages qui se livrent sous nos yeux…

A ceux qui se demandent pourquoi je vais voir plusieurs fois le même spectacle, je dirais qu’entre autre, c’est pour trouver ces moments-là (et aussi : vous jetez les disques que vous avez écoutés une fois, vous ? Ben moi non plus, et pour un ballet, c’est pareil. Parce que le suspens… on sait tous qu’ils meurent à la fin, non ? De plus, ce sont des instants fugaces, car pour une raison que j’ignore, les captations ne sont pas éditées en DVD).
Ce ballet, c’est un tel foisonnement, je ne vais pas savoir vous raconter…
Je ne vous ferai pas l’injure de vous raconter l’argument, mais je peux vous dire combien les décors sont beaux, les costumes somptueux, la musique (de Prokofiev, pleine de super tubes – Petite Princesse m’a dit « que ça ressemble à une musique de film – c’est un compliment) enivrante, et m’émerveiller devant cette création de 3 heures de Noureev, sans une minute de temps mort (même pour Fils Chéri – tracté par Petite Amie sur mon invitation – c’est dire).
C’est vraiment un ballet très réussi. Pas un seul moment « faible », pas un seul divertissement superflu, chaque scène est aussi forte à sa manière : l’amusement du jeune Roméo et de ses camarades, la belle rixe entre les serviteurs, le bal des Capulets faisant démonstration de leur pouvoir, la jeune Juliette, leur rencontre, et les drames qui s’enchaînent.

Comme je l’ai dit récemment à Samuel Murez (compagnie 3ème Etage) qui me demandait ce que j’avais le moins aimé dans son dernier spectacle, le moins bien, dans Roméo et Juliette, c’est l’entracte (j’ai pas beaucoup d’esprit critique, mais je sais faire les compliments).

Le 1er acte est celui du divertissement : bagarres de rue, marché, bal de la maison Capulet, danse des acrobates avec leurs drapeaux, on ne sait où regarder, et si l’on se contente de n’avoir d’yeux que pour les interprètes principaux, on passe à côté de la richesse de cette mise en scène (et tu me demandes encore pourquoi j’y vais plusieurs fois ? Parce qu’il n’y a pas d’arrêt sur image et qu’il y a 1 000 choses à voir !!!). 
 

gbalusiedije0bl8kl7u

 

Vous noterez à gauche les costumes des « serviteurs » des maisons Montaigu et Capulet, que j’ai eu un peu de mal à identifier comme serviteurs, au début.

 
 mqyztrjbd1hs0nsiw2ym
Le bal des Capulets
Ensuite, bien sûr, ça se gâte : Tybalt tue Mercutio, Roméo tue Tybalt, les Capulet veulent marier Juliette à Pâris, et Juliette ne peut renoncer à Roméo. La tension monte, la mort s’installe, et après avoir emporté les plus jeunes, obligera les vivants à la réconciliation.

Et donc, il y a les personnages. Vous aurez sans doute déjà tous compris que mon Mercutio préféré aura été François Alu, et de très loin : il dévore la scène, théâtral et technique. Le rôle lui va comme un gant, il n’a pas peur d’amuser la galerie, et il le fait très (très) bien. Le pauvre Allister Madin semble bien fade à côté de ce Zébullon. Je n’ai pas vu Emmanuel Thibault, mais assurément, rien n’égale l’énergie et la force comique du mariole en chef François Alu.
 
 image

Bon, cette fois il est de dos, mais je crois vous l’avoir assez fait voir ces jours derniers… Le 3ème garçon en partant de la gauche Mickael Lafon, Mercution-Alu en l’air, Roméo-Mathias Heymann, Benvoli-Fabien Révillon

 

J’ai été déçue de constater que mon Karlito Paquette chéri était un peu raide dans son interprétation de Tybalt, à qui Audric Bézard a donné bien plus de dimension. Il ne suffit pas d’être ombrageux et chercher la bagarre pour être le cousin de Juliette, il faut aussi savoir montrer qu’on la considère comme une sœur aimée, chérie et protégée, ce que Karl n’a pas su faire en restant drapé dans une retenue qui n’a fait que le vieillir et rendre peu compréhensible son personnage. Je n’ai malheureusement pas pu voir Stéphane Bullion dans ce rôle, où il a sûrement excellé, lui qui campe si bien le brun ténébreux et tourmenté #OnPeutPasToutAvoir.  C’est Tybalt-Bullion qui danse avec Dame Capulet dans la vidéo en bas de la page.

Benvolio ne m’a jamais déçue : Fabien Révillon a une belle danse et sait sortir de sa réserve pour donner de l’épaisseur à son personnage, le jeune Mickael Lafon s’est très bien débrouillé lui aussi, comblant par sa fraîcheur l’assurance qu’il n’avait pas (il est rarement mis en avant de la sorte).

Et puis il y a Juliette et Roméo.

La 1ère a été confiée a Amandine Albisson et Mathieu Ganio. S’il n’y a, évidemment, rien à dire sur leur perfection technique, l’émotion n’était pas là. Cette Juliette était bien trop bravache, et Roméo bien trop propret. Je regrette que Fils Chéri n’ai pu voir LE couple de cette série (devant Mathias Heyman qui, ayant perdu sa Juliette la veille de sa prise de rôle, s’est retrouvé en scène aux cotés de Léonore Baulac après seulement… une heure de répétition !).  Ce couple, c’est celui formé par Dorothée Gilbert et Hugo Marchand. Là où d’autres jouent, ils sont Roméo et Juliette.

Avec eux, la danse et les personnages sont devenus organiques, incarnés, balayés par leur passion. Juliette juvénile et passionnée, Roméo foufou puis ivre d’amour, ils étaient parfaits à mes yeux (et pas seulement aux miens). Leurs mines défaites, aux premiers saluts, faisaient écho à l’émotion des spectateurs, et l’on comprend à ces moments-là ce que c’est qu’un artiste qui « partage » avec le public, comme certains le disent un peu pompeusement. Portés par les élans de Prokofiev, c’est une vague qui renverse le spectateur…

 image007

 

image008
Dorothée Gilbert & Hugo Marchand

 


Le corps de ballet a eu ses hauts et ses bas, plus ou moins énergique ou calé, et comme d’habitude, les corbeaux ont croassé, mais moi j’ai trop de chouchous parmi eux pour être aussi dure. Et qui n’en n’a pas, des hauts et des bas ?

Finalement, Roméo et Juliette, c’est un eu comme Eugène Onéguine : c’est une histoire avant tout, racontée par la danse, qui n’est plus qu’un média. Mais quel média, quelle danse…

Il faut espérer que ce ballet soit donné à nouveau rapidement, et pas dans 10 ans :  je scruterai les distributions, et je vous botterai les fesses pour vous catapulter jusqu’à Bastille et vous faire assister à ce spectacle merveilleux ! 🙂

Voilà. Le sevrage va être dur, plus de spectacle danse avant le 22 mai. Ouhlalalalala. Ouhlalalalalalalalala. (qu’est-ce que je vais devenir ?)
La Danse des Chevaliers
Juliette (Léonore Baulac) au désespoir, avant qu’elle ne parte trouver Frère Laurent

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s