Les Champignons – 25 janvier 2015

Coucou Choupinou,

 Champignons
Aujourd’hui, j’ai changé de côté de salle : j’ai testé pour vous « être dans les coulisses du spectacle de ton (mon) enfant ».
Il y a quelques années, j’avais déjà testé « je danse aussi dans le spectacle de mon enfant ».
C’était trop cool : t’es une star, tous les enfants te regardent comme une déesse en se poussant du coude (« c’est la maman de Truc ! Elle est beeeeelllle…. »), et tous les adultes posent sur toi un regard mi-effaré mi-curieux dans le registre « c’est quoi son problème à celle-là pour qu’elle aille se fourrer volontairement dans un traquenard pareil ? ». Bref, on te fout une paix royale tant que tu es là où tu dois, au moment où c’est prévu.

J’ai eu le privilège (?), avec 4 autres inconscientes de mon type, d’assurer pour les deux  (les deux) représentations d’aujourd’hui (je ne savais pas à quoi je m’engageais) la surveillance, le déshabillage, l’habillage, les déplacements, la survie dans l’hygiène et la paix psychologique (pour le dernier truc chuis pas sûre d’avoir réussi) d’un groupe de 18 petits de 4 à 6 ans (à vue de nez – mais plutôt 4 ans hein) déguisés et renommés « Les Champignons ». Mot que je me suis entendue gueuler comme un âne pendant 3 heures (tu sais, le concept « je gueule pour les faire taire », très efficace comme chacun sait, sauf que moi, je leur fait un peu peur, donc ça marche un peu des fois).
Comment te dire ? Je croyais que les enfants, y z’étaient tous comme les miens. Et qu’en plus, quand ils te connaissent pas, ils se tiennent à carreaux. Eh ben non en fait. Ces Champignons-là, ils étaient du genre « dérivants ». Tu les mets quelque part, tu leur dit de rester assis, tu te retournes pour en choper d’autres, et ils ne sont plus là. Alors que toi, TU VEUX LES METTRE DANS L’ORDRE COMME SUR LA FICHE. Mais eux, ils s’en fichent de l’ordre (savent-ils seulement ce que c’est ? Ils ne savent pas mettre leurs chaussettes seuls…). Eux, ils veulent vivre leur vie de champignons (dérivants au gré du vent, donc).
Notre population se répartissait selon deux tendances : « je saute partout et je crie trop pour entendre ce que tu me demandes » et « je veux ma mamaaaaannn-tout-de-suite ! version lacrymale très très mouillée » (2 individus seulement, pris en charge par des filles plus maternantes que moi, parce que moi, le seul truc que j’ai trouvé à lui dire, c’est : « c’est plus possible maintenant d’avoir ta maman »).
Il s’avère que dans ce genre de situation, je révèle très très vite un putain de caractère d’adjudant chef. Ma mère vous dira que ça ne l’étonne pas du tout, mais moi, si (moi ce qui m’étonne c’est qu’il y ait des gens QUI VEUILLENT m’obéir). Les autres aussi d’ailleurs, ça les a étonnées au début, et puis très vite ça les a arrangées apparement : elles n’arrêtaient pas de dire « qu’elles allaient me suivre » d’un air soulagé. Parce que je savais où était le balcon, le côté jardin et que ça ne me gêne pas de gueuler après les enfants des autres.
On s’en est pas mal sorti. J’ai gagné l’admiration des enfants en dégainant ma lampe électrique lorsque les coulisses ont été brutalement plongées dans l’obscurité (petit moment de fierté perso :)), transformant les cris d’effroi de ceux qui ne pleuraient pas encore en « j’peux avoir la lampe ? – Nan ». On n’avait plus qu’à se débrouiller pour ne pas en perdre un en route. Ou deux. Que personne ne tombe du balcon. Ou se casse une jambe en faisant le zouave avec le strapontin. Ou… Bref.
On nous avait fort pragmatiquement remis des étiquettes numérotées à coller sur les enfants pour les mettre dans l’ordre, une liste avec leurs noms et leurs numéros, un sac de costumes que nous ne savions pas précisément comment mettre, et une feuille de route détaillée (scène, coulisses, passer côté cour – c’est quoi côté cour ? – mettre dans l’ordre, mettre les chapeaux, ôter les étiquettes, récupérer les doudous, renoncer à récupérer les doudous qui vont danser eux aussi, récupérer les Champignons côté jardin, monter 1er balcon rang S et R, virer les abrutis qui s’y sont installés alors qu’on leur avait dit « non, pas là », redescendre, remettre les chapeaux qu’on sait pas où ils sont, faire monter les champignons sur scène côté cour parce qu’une pétasse qui sait pas où est le côté jardin a pris ta place, rhabiller tout le monde avec un sac de vêtements tous mélangés (t’avais quoi comme vêtements ? Je sais pas…), rendre les Champignons à des parents qui vous disent « Merci merci merci hein ! » (!? – Nan mais toi merci parent d’être là, j’te jure, et d’avoir gardé le manteau et les chaussures que je cherche depuis 10 mn parce que ton Champignon se souvient plus qu’il est entré dans la salle avec seulement son collant, son justaucorps et ses chaussons. Ben oui, ils ont 4 ans (le regard contrit de la pauvre petite à qui je dis « tu es le numéro 15 » et qui me rétorque, désolée, « je sais pas compter, tu sais ». A merde, pardon Champignon. C’est pas grave, prends la lampe électrique si tu veux).
Bref. On n’en n’a perdu aucun (même si à un moment je croyais que si, mais j’avais mal compté). Je n’ai fait aucune corvée de chiotte (je rappelle que je suis l’adjudant chef. Je gueule et je donne les ordres. Je vais pas aux chiottes). Personne ne m’a fait pipi dessus (c’est pas le cas de tout le monde, et en plus elle a gardé le sourire. C’est une sainte). Les enfants étaient contents, et les deux à qui je faisais le plus peur l’après midi voulaient que je les porte le soir, moi et personne d’autre, en prenant soin de savoir comment je m’appelais (dès fois qu’il y ait deux cinglées dans mon genre) (Et que je garde leurs mouchoirs sales aussi, STP).
L’organisatrice me regarde désormais comme une apparition divine simplement parce que j’ai imprimé entre les deux séances des pancartes pour doubler les étiquettes qui ne collent plus quand on joue avec (expliquer aux Champignons qu’il ne faut pas toucher aux étiquettes. Croire au Père Noël). Les pancartes, c’était rigolo, y avait un champignon dessus, et « moi aussi j’en ai une ? » et « oui tu peux la garder après ». Et au moins on voyait le numéro. Et ILS N’ONT PAS LACHÉ LA PANCARTE ! J’en revenais pas honnêtement.
C’était donc finalement une bonne journée où je me suis sentie utile. Mais épuisée. Je vais compter des champignons pendant plusieurs nuits je pense. Des champignons qui dérivent… Mais comme tu vois, j’ai envie d’en rire.
Ma fille était parfaite, vous vous en doutez bien (elle a beaucoup d’allure, est très élégante, pense aux conseils de sa chieuse de mère (tu es belle, sois fière, rentre tes pouces, baisse les épaules, pointe tes pieds, grandit de 3 cm, sois fière putain t’es belle ! – Maman pourquoi tu dis des gros mots alors que tu nous dis de pas en dire nous ?), et c’était un spectacle très distrayant.
Et ça m’énerve les adultes qui ne voient pas ça et qui pianotent pendant tout le spectacle au lieu d’applaudir en cadence. J’ai crié toute la journée – après les Champignons –  ou « Bravo » dans la salle – les mains gonflées d’avoir applaudi comme une dingue, je vais être malade, mais c’était sympa. Une vrai chauffeuse de salle.
Je suis un peu maso.
Aller, je vais dormir.
Bisou bisou

2 réflexions sur “Les Champignons – 25 janvier 2015

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